«Mémoire de la Mer et de l’Exploration»*
Les films
présentés depuis 1954 à ce jour forment une documentation extraordinaire de
plus de 3000 œuvres dont beaucoup primées ou sélectionnées ont été acquises ou
données à l’association. Cette confrontation annuelle par l’image intéresse
tous les thèmes : de l’archéologie à la biologie en passant par la spéléologie,
l’exploration sous-marine, l’exploitation des océans, la défense du patrimoine,
l’histoire des combats navals et de ses naufrages, la pollution, la médecine,
les sports nautiques, la conquête des fonds extrêmes, la fiction ou tout
simplement la poésie. Mais le festival depuis toujours s’est fait aussi une
vocation de présenter des films d’exploration où aventures et découvertes des
peuples permettent chaque année de percer les secrets de l’univers et des
différentes ethnies à travers le monde. Enfin, et cela fait aussi partie des
priorités du festival, nous y présentons des films sur l’environnement, le
développement durable, la faune et la flore, la vie animale…
Le festival
est ainsi un formidable outil de la Mémoire du Monde et tout en recensant les évènements
déjà survenus cette mémoire bondit en avant et préfigure le futur. Nous nous
persuadons sans peine que ce qui sera ressemblera à ce qui a été : nous ne
pouvons pas plus asservir la mémoire que vivre sans elle. Certains affectent de
mépriser celle-ci comme séquelle paralysante ou véritable maladie qu’il faut
dépasser. C’est une erreur de croire que la mémoire ne peut rien créer et que
l’on peut se passer d’elle, surtout à notre époque où l’ordinateur et le film
ont pris le relais de la tradition orale. C’est la mémoire qui, par une
alchimie secrète, permet de créer selon ses propres lois les œuvres souvent de
génie que sont les films présentés au festival.
Oui, le
cinéma documentaire est une mémoire éternelle dans la mesure où l’on obtiendra
que le film soit indestructible ce qui n’est pas le cas de la mémoire humaine. « Tout n’est
que besoin de communication et de communion » a dit Louis JOUVET, à propos du
théâtre. Avec le film documentaire, la communication et la communion sont en
osmose.
Le 26
décembre 1896, dans le salon indien de la brasserie du boulevard des Capucines
à Paris les frères LUMIERE organisait la première projection publique. Au programme
: « Sortie d’une barque du Port de La Ciotat » d’une durée de ….50 secondes !
Ce film présentait sur un canot deux rameurs passant sous la digue du port avec
à leur bord une dame en crinoline. Sur la jetée, deux dames regardaient la
scène. La barque sortit de la protection de la digue, entra dans les rouleaux
de la mer assez forte et se mit subitement en travers de la lame. C’était déjÃ
une aventure, un vrai film au scénario avec suspense, d’autant plus que l’on ne
saura jamais la fin du film, on ne saura pas si le canot a chaviré…
Notre
festival est un témoin contemporain essentiel des dernières explorations et des
récentes découvertes scientifiques. Petit à petit, grâce aux réalisateurs,
diminuent sur la carte les tâches blanchâtres des terres inconnues et
l’explorateur se double d’un savant. Avec sa caméra il travaille non seulement
pour lui mais encore pour tous. Cette
manifestation ne saurait être une totale réussite sans la participation massive
de milliers d’écoliers et de collégiens qui pendant les matinées
particulièrement dédiées transforment le Palais Neptune en un immense forum réflexion
se perpétuant tout au long de l’année scolaire. Enfin, expositions, concours
photographiques, conférences et débats étayent s’il en était encore besoin ce
grand rendez-vous annuel des explorateurs et des réalisateurs amoureux des
images vraies.
Bienvenue
donc à Toulon en ce magnifique Palais des Congrès où pendant 6 jours chaque
festivalier petit ou grand fera sienne la devise de Jules Verne :
« Rien ne se fait de grand
qui ne soit une espérance
exagérée »
Baudouin
Varennes – Directeur général
* Rédaction
complétée par des extraits du Docteur Jacques-Henri BAIXE, Président-Fondateur décédé le 13 avril 2001